La galerie de peintures de farges

Dans le « cadre » du projet au bord du paysage, Farges 2005, Annie Bascoul a fait un choix  de points de vue, souligné les interventions des artistes participants, toujours surprenante, toujours poétique. Elle oblige ainsi le promeneur à considérer les mises en perspectives, que ce soit en vue de la moult castrale, au dessus de grottes troglodytes et mettant en valeur le travail de Betsabeé Romero, dans un pré où viennent paître les vaches appelé fond Guillaume, à un autre dit les Cros où sont les œuvres de Laurent Suchy et de Pierre-yves Brest, cadres bordés de roses. Cadres aux motifs de feuilles d’ancolie et de lierre, celui-là après la carrière pour souligner le travail de Delphine Gigoux-Martin et qui porte au verso une citation de la légende des siècles de Victor Hugo incrustée en doré. Qu’ils soient de grande taille ou au plus près du sol permettant de s’attarder en botanisant, d’apprécier le panorama ou d’admirer vaches et champs, de lire une phrase extraite du journal d’Edmond de Goncourt où il est question d’une variété de roses, faits de bois et plâtre synthétique les cadres jouent dans le paysage et la lumière des actes de peintres.
La Nature qui autrefois entrait dans les intérieurs sous forme de paysages réels ou imaginaires se trouve ici encadrée par Annie Bascoul, in situ, et elle intervient tel un metteur en scène de théâtre baroque en plein air. Le promeneur est amené à s’interroger sur la Nature et le paysage qu’il soit naturel ou  façonné par la main de l’homme, à le reconsidérer en cette galerie de peintures éphémères où il peut d’ailleurs participer en s’y faisant prendre en photographie.
C’est donc une suite de tableaux que l’on peut admirer.
Sans revenir sur l’importance que l’on doit accorder au cadre, qu’il soit approprié à une œuvre, les cadres eux-mêmes, par leur matière et leur décor participent en propre. Les cadres imaginés et mis en place par Annie Bascoul fonctionneraient comme des révélateurs de clichés pris par la Nature elle-même et les autres artistes comme opérateurs, le paysage s’offrant comme un champ d’observation. Et le paysage ainsi encadré devient non pas une caméra oscura mais une chambre d’écho de nos regards qui doit résonner des émerveillements du promeneur. Parcours initiatique, presque, choix des citations  non fortuit il va sans dire, on peut méditer sur la Nature des choses, suivre un fil poétique qui court à travers tous les lieux investis ; fil que le promeneur peut tirer à lui pour « filer » et « tisser » son propre poème.
   Alan Chatham de Bolivar